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vendredi 12 mai 2017

Pelléas et Mélisande de Debussy sombre et poignant de Louis Langrée et Eric Ruf Théâtre des Champs-Elysées

Paris. Théâtre des Champs-Elysées. Mardi 9 mai 2017

Claude Debussy (1862-1918), Pelléas et Mélisande. Jean-Sébastien Bou (Pelléas), Patricia Petibon (Mélisande). Photo : (c) Vincent Pontet

Louis Langrée et Eric Ruf, à la tête d’une distribution de tout premier plan, offrent un Pelléas et Mélisande de Debussy d’un onirisme poignant

Claude Debussy (1862-1918), Pelléas et Mélisande. Kyle Ketelsen (Golaud), Patricia Petibon (Mélisande). Photo : (c) Vincent Pontet

Dans la musique de Claude Debussy, l’élément liquide est omniprésent. C’est ce que met en évidence avec une justesse et une poésie à fleur de peau le chef français Louis Langrée, actuel directeur musical de l’Orchestre Symphonique de Cincinnati, dans Pelléas et Mélisande. A la tête d’un Orchestre National de France, l’une des phalanges qui connaît le mieux les arcanes du chef-d’œuvre de « Claude de France », qu’il dirige pour la première fois, Langrée exalte avec une impressionnante maîtrise du temps et du son la dimension immémoriale de l’immense partition de Debussy, la déclamation vocale étant transcendée en chant véritable par le flux instrumental digne d’un océan.

Claude Debussy (1862-1918), Pelléas et Mélisande. Jean-Sébastien Bou (Pelléas), Patricia Petibon (Mélisande). Photo : (c) Vincent Pontet

Ce style déclamatoire si particulier qu’a fixé Debussy dans Pelléas et Mélisande et qui allait se pérenniser dans l’opéra français jusqu’à nos jours, au point de museler toute velléité mélodique vocale chez les compositeurs, est extraordinairement transfiguré par l’orchestre qui, sous la direction de Langrée, est non seulement le personnage central mais aussi le souverain générateur du chant.

Claude Debussy (1862-1918), Pelléas et Mélisande. Sylvie Brunet-Grupposo (Geneviève), Jean Teitgen (Arkel). Photo : (c) Vincent Pontet

De plus, la connivence entre la conception du chef d’orchestre et celle du metteur en scène est d’une force « à faire pleurer les pierres », pour reprendre la formule de Maurice Maeterlinck dans Pelléas. Dans une scénographie ténébreuse dont il est l’auteur poétiquement éclairée par Bertrand Couderc, Eric Ruf, administrateur général de la Comédie-Française, atteste d’une compréhension profonde de l’œuvre, y compris la scène de la chevelure à l’acte III qui n’a rien de ridicule, bien au contraire. 

Claude Debussy (1862-1918), Pelléas et Mélisande. Jean-Sébastien Bou (Pelléas), Patricia Petibon (Mélisande). Photo : (c) Vincent Pontet

Fluide, sobre, claire, respectueuse du texte, à la fois incarnée et surnaturelle, la conception de Ruf enchaîne les scènes comme autant de plans de film, édulcore les archaïsmes du texte de Maeterlinck, joue de l’imagerie médiévale, et, tournant radicalement le dos à la proposition de Robert Wilson qui sera de retour à l’Opéra de Paris en septembre prochain, la direction d’acteur s’avère exemplaire et permet à la somptueuse distribution réunie par le Théâtre des Champs-Elysées de s’exprimer librement dans de somptueux costumes sombres (seuls ceux de Mélisande sont colorés) de Christian Lacroix.

Claude Debussy (1862-1918), Pelléas et Mélisande. Arnaud Richard (le médecin), Patricia Petibon (Mélisande), Jean Teitgen (Arkel). Photo : (c) Vincent Pontet

Peut-être vocalement un peu trop voluptueuse pour le rôle, Patricia Petibon campe néanmoins une Mélisande d’une touchante innocence, d’une profondeur et d’une expressivité naturelle. Jean-Sébastien Bou est un Pelléas généreux et souverain, même si la voix n’est pas tout à fait celle du rôle, qui réclame un baryton-martin, ce qui est particulièrement difficile à trouver. Kyle Ketelsen est un Golaud entier, impulsif, perdu, Jean Teitgen est un saisissant Arkel à la voix sépulcrale, Sylvie Brunet-Grupposo (Geneviève), Jennifer Courcier (Yniold) et Arnaud Richard (le berger, le médecin) complètent l’affiche de magistrale façon.

Bruno Serrou

Théâtre des Champs-Elysées. Jusqu’au 17/05. Rés. : 01.49.52.50.50. www.theatrechampselysees.fr. Ce spectacle sera repris les prochaines saisons à l’Opéra de Dijon, au Théâtre du Capitole de Toulouse et au Stadttheater de Klagenfurt, tous coproducteurs avec le Théâtre des Champs-Elysées

[Tiré en partie de l’article publié dans le quotidien La Croix daté vendredi 12 mai 2017]

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