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lundi 24 avril 2017

"La Fille de Neige" de Rimski-Korsakov fait une entrée éclatante à l’Opéra de Paris

Paris. Opéra-Bastille. Jeudi 20 avril 2017

Nikolai Rimski-Korsakov (1844-1908), la Fille de Neige. Photo : (c) Bruno Serrou

Pour son entrée à son répertoire, l’Opéra de Paris offre à la Fille de Neige de Rimski-Korsakov un écrin somptueux avec la mise en scène de Dimitri Tcherniakov.

Auteur de quatorze opéras, Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) est surtout connu pour son seul Coq d’or, le dernier d’entre eux, et, à un moindre degré pour Sadko, Mozart et Salieri et la Fiancée du tsar, tandis que son absolu chef-d’œuvre, la Légende de la ville invisible de Kitège et de la vierge Fevronia est inexplicablement boudé par la scène lyrique…

Nikolai Rimski-Korsakov (1844-1908), la Fille de Neige. Photo : (c) Elisa Haberer / Opéra national de Paris

C’est avec le troisième de ses ouvrages scéniques, la Fille de Neige (Снегурочка), que Rimski-Korsakov fait son entrée à l’Opéra-Bastille. Cet opéra en quatre actes et un prologue a été composé entre 1880 et 1881 sur un livret du compositeur tiré de la pièce éponyme d’Alexandre Ostrovski (1823-1886), auteur russe chez qui puisera également Leos Janacek. Rimski-Korsakov en donna la création au Théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg le 29 janvier 1882, avant de le réviser en 1898. La Fille de Neige n’a fait que quelques apparitions en France, notamment à Paris en 1908 puis en 1929, en version française…

Nikolai Rimski-Korsakov (1844-1908), la Fille de Neige. Photo : (c) Elisa Haberer / Opéra national de Paris

Rimski-Korsakov considérait son « conte de printemps » comme son œuvre préférée. Il en termina la partition en deux mois et demi. L’action se déroule en un temps et une région légendaires, le pays des Bérendeïs et met en contact des personnages mythologique (le père Gel, Dame Printemps, l’Esprit des bois), des êtres de chair (Koupava, Mizguir) et des archétypes (Snegourotchka la fille de Neige, Lel, le tsar Bérendeï). L’histoire est celle d’une enfant de Neige fruit des amours de la fée du Printemps et du Père Gel. Envoyée au royaume féerique d tsar Bérendeï pour parfaire sa connaissance du monde, elle rencontre le désir de l’amour, et finit par mourir en fondant sous les rayons du dieu soleil Yarilo surchauffés par l’arrivée de l’été. Chaque groupe de personnages est musicalement caractérisé, plusieurs personnages ayant leurs propres leitmotive, généralement associé à une chanson populaire russe, tandis que le peuple Bérendeïs se voit attribuer des mélodies aux contours folkloriques.

Nikolai Rimski-Korsakov (1844-1908), la Fille de Neige. Photo : (c) Elisa Haberer / Opéra national de Paris

Dimitri Tcherniakov situe l’opéra dans un univers mi historique, le XIXe siècle, mi contemporain. Le prologue se déroule dans un studio de danse où s’exercent de jeunes danseurs et danseuses déguisées en oiseaux avec le professeur Dame Printemps qui discourt avec le Père Gel sur le devenir de leur fille, Snegourotchka, qu’ils vont envoyer dans une forêt au sein d’une communauté paysanne qui s’est donnée le nom de Bérendeï et qui cherche à retrouver un mode de vie ancestral. Pour ce faire, elle a installé roulottes et mobil homes au cœur d’une clairière. Le réalisme de la scénographie de Tcherniakov, dont la partie mobil home fait penser à un camping tel celui d’Argelès-sur-Mer, passe à l’arrière-plan l’aspect conte panthéiste, mais le propos de l’œuvre reste compréhensible, et l’on ne s’ennuie pas une seconde à suivre une dramaturgie réglée au cordeau avivée par une direction d’acteur magistrale.

Nikolai Rimski-Korsakov (1844-1908), la Fille de Neige. Photo : (c) Elisa Haberer / Opéra national de Paris

Il se trouve de très belles choses dans la partition,   surtout dans les deux derniers actes. Cet hymne à la nature qui n’est pas sans rappeler Siegfried de Richard Wagner à l’orchestration scintillante avec des fusées de solos splendides d’alto, de violoncelle, de flûte, de hautbois, de clarinette et de cor, est empreint de folklore russe, dans ses chœurs comme dans ses danses. Pourtant, avec ses trois heures dix minutes, cet ouvrage n’est pas sans longueurs. Dirigé avec élan par Mikhaïl Tatarnikov, la partition flamboie sans contrainte grâce à un Orchestre de l’Opéra de Paris qui s’impose de plus en plus comme la phalange instrumentale la plus remarquable de France.

Nikolai Rimski-Korsakov (1844-1908), la Fille de Neige. Photo : (c) Bruno Serrou

La distribution, d’une belle homogénéité, est menée par une lumineuse Aida Garifullina, la soprano russe campant une Fille de Neige juvénile et fraiche au timbre doré, qui fait ainsi de superbes débuts à l’Opéra de Paris, la soprano autrichienne Martina Serafin est une amoureuse inquiète à la voix acérée, la mezzo-soprano russe Elena Manistina est une Dame Printemps aux colorations slaves envoûtantes mais au vibrato trop prononcé. Remplaçant Ramon Vargas, forfait pour toute la série des représentations, le ténor ukrainien Maxim Paster est un tsar Bérendeï solide, affable et humain, le contre-ténor ukrainien Yuriy Mynenko est un impressionnant Lel vocalement irréprochable. A l’instar du Chœur de l’Opéra de Paris.


Bruno Serrou

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