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vendredi 30 août 2013

Le IVe Annecy Classic Festival fait de la Venise des Alpes françaises une capitale musicale lacustre franco-russe

Annecy (Haute-Savoie), Annecy Classic Festival, Impérial Palace, Musée-Château, Eglise Sainte-Bernadette, lundi 26 et  mardi 27 août 2013

Annecy. Photo : (c) Bruno Serrou

Héritier de l’académie internationale d’été créée en 1969 par la pianiste Eliane Richepin, élève d’Alfred Cortot, Marguerite Long et Yves Nat qui en a confié la destinée en 1998 à son disciple Pascal Escande, par ailleurs directeur du Festival d'Auvers-sur-Oise depuis 1981, l’Annecy Classic Festival prolonge le mouvement impulsé par son inspiratrice en se faisant l’ardent défenseur des jeunes générations de musiciens tout en accueillant les artistes les plus réputés dans le monde, français ou étrangers, particulièrement russes. 

Car, depuis 2010, alors qu’il affrontait de graves difficultés financières, le festival annécien a déployé la voilure grâce à l’intérêt d’un mécène russe passionné de musique autant que de la cité lacustre, champion du pianiste Denis Matsuev devenu l’« âme du festival », l’homme d’affaires Andreï Cheglakov, et de sa fondation AVC Charity, intérêt qui a suscité une participation plus conséquente de la Ville et de son agglomération, ainsi que du Conseil général de Haute-Savoie. Avec cette manne inespérée, l’audience du festival atteint une dimension internationale, attirant les artistes les plus réputés et un rendez-vous majeur de l’été musical français qui a conquis plus de 8000 spectateurs en dix jours en 2012. Cela grâce notamment aux résidences d’orchestres parmi les plus prestigieux au monde renouvelées tous les trois ans. Ainsi, après le Royal Philharmonic Orchestra de Londres et Charles Dutoit (voir http://brunoserrou.blogspot.fr/2012/08/la-manne-musicale-dannecy-le-annecy.html), c’est au tour de l’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg et de son directeur musical Yuri Temirkanov, qui, en début de festival, a confié son glorieuse phalange à Jean-Claude Casadesus, avant de diriger lui-même les deux derniers concerts 2013. 

Cette quatrième édition, cadre du renouvellement pour trois ans de la convention qui lie le festival et la Fondation AVC Charity, a conforté le projet artistique de la manifestation annécienne consistant à réunir stars et musiciens des générations montantes, étudiants de conservatoires dans le cadre de master classes, et, pour la première fois cette année, un campus d’orchestre réunissant de jeunes étudiants et professionnels âgés de 9 à 20 ans, français et russes, en partenariat avec la ville d’Irkoutsk et l’Orchestre des Etoiles du Lac Baïkal, le tout fondu le temps de l’académie au sein de l’Annecy Campus Orchestra.

 
Annecy Classic Festival, église Sainte-Bernadette. Annecy Campus Orchestra, Leonid Bezrodniy (direction). Photo : (c) Annecy Classic Festival, Yannick Perrin

Dirigé par deux chefs, cet orchestre de jeunes, où l’on distinguait les musiciens russes par leur uniforme entièrement bleu (chemisier blanc torsadé) pour les filles, et bleu et noir (chemise blanche) pour les garçons, toutes et tous portant pantalon, des musiciens français, de noir vêtus, filles en robes, a présenté en l’église Sainte-Bernadette à l’acoustique parfaitement adaptée aux concerts symphoniques avec son grand mur réflecteur de sons, un véritable patchwork d’œuvres du grand répertoire, la première partie étant plus homogène que la seconde. Sous la conduite ferme mais peu nuancée de Fayçal Karoui, qui a prononcé un trop long discours en prologue du concert, deux œuvres d’Edvard Grieg étaient inscrites, la première suite de Peer Gynt et le Concerto pour piano et orchestre en la mineur. Placé au deuxième rang côté queue de l’imposant Yamaha de concert qui cachait les deux-tiers des effectifs, je n’ai pu qu’entendre les sonorités de l’orchestre sans voir les jeunes musiciens les forger, à l’exception des quatorze violoncellistes et des deux contrebassistes, ainsi que quatre des premiers violons, n’entre-apercevant que les jambes des seconds et des altos et ne faisant qu’entendre les sons rauques des instruments à vent et les timbales. Ce qui s’est avéré peu favorable aux musiciens, car ainsi l’écoute n’en était que plus concentrée, mettant en relief plus que de raison les attaques plus ou moins précises et les sonorités plus ou moins flatteuses des jeunes instrumentistes, dans une partition, Peer Gynt, à l’orchestration fluide et aérienne et aux élans d’un onirisme et d’une suavité délicats. Mais il convient de juger cet orchestre non pas selon les exigences des formations professionnelles, ni même des orchestres de jeunes dont le recrutement se fait à partir de 16 ans et jusqu’en fin de troisième cycle de CRR voire de CNSM, de Hochschule, etc. Rayonnant de l’heureuse perspective de jouer avec ce jeune ensemble, Denis Matsuev s’est assis devant le clavier du puissant Yamaha qui l’attendait depuis le début du concert, posant vivement ses mains imposantes sur les touches, tandis que les timbales résonnaient loin derrière le couvercle du piano. Sans doute poussé par l’enthousiasme, le pianiste russe s’est fait peu nuancé, jouant fermement et vigoureusement, si bien que l’on n’entendait guère l’orchestre, l’instrument soliste prenant le pas sur ce dernier, au point de donner l’impression que Grieg avait écrit une sonate pour piano avec orchestre obligé. Jouée tout en force, l’œuvre en a perdu sa poésie et sa fraîcheur, et l’Allegro final s’est avéré excessivement dur, au point que sons et timbres ont saturé l’écoute. 

Annecy Classic Festival, église Sainte-Bernadette. Annecy Campus Orchestra, Fayçal Karoui, David Matsuev et Leonid Bezrodniy. Photo : (c) Annecy Classic Festival, Yannick Perrin

La seconde partie du programme était dirigée par le chef résident de l’Orchestre des Etoiles du Lac Baïkal, Leonid Bezrodniy, qui, à travers un choix d’œuvres pour le moins éclectique voire sans queue ni tête, a indubitablement voulu faire travailler à ces jeunes en formation un large éventail de pages célèbres aux styles divers. Pouvant enfin voir la totalité des musiciens, j’ai découvert parmi les seconds violons, placée au premier rang face au chef, une fillette d’une dizaine d’années aux longues tresses blondes réunies sur le sommet du crâne jouant fièrement un violon trois-quarts, le regard fortement concentré se portant tour à tour sur sa partition, sur le chef et sur sa chef d’attaque, en vraie professionnelle. Après une ouverture de Carmen menée tambour battant - elle le sera plus encore lorsqu’elle sera reprise à la fin dans deux bis, le second sous la conduite de David Matsuev -, suivie d’un Beau Danube bleu bouillonnant, d’un Sachido de Revaz Lagidze et d’une Danse du sabre de Khatchatourian tonitruants, et d’une Valse-fantaisie de Glinka un peu contrainte. Pour finir, Leonid Bezrodnyi a lancé la Marche de Radetzky de Johann Strauss père tandis que Fayçal Karoui faisait son apparition sur le côté pour inciter le public à claquer des mains à la façon du public assistant au Concert du Nouvel An de la Philharmonie de Vienne… Malgré ce programme un brin tapageur, il convient de se féliciter de l’existence d’une telle académie d’orchestre qui permet à de jeunes musiciens en formation de se confronter à diverses cultures. Reste à souhaiter que les programmes préparés soient plus ambitieux et les œuvres travaillées plus significatives. 


                                                                                     Varvara Kutuzova. Photo : DR

La veille de ce concert, une longue et belle soirée de piano a été organisée dans le grand salon de l’Impérial Palace aux fenêtres donnant sur le lac d’Annecy. Une « Nuit du piano » de six heures dont Eliane Richepin est l’initiatrice avant que le concept soit repris ailleurs, durant laquelle se sont succédé cinq jeunes pianistes. C’est une fillette de dix ans répondant au nom de Varvara Kutuzova qui a ouvert la soirée, en guise de prélude. Présentée par Denis Matsuev, qui l’a découverte cette année au concours Astana Piano Passion dont il est le directeur, la jeune prodige russe a déjà remporté de nombreux concours. Titulaire de bourses prestigieuses, elle joue déjà avec les grands orchestres de son pays. Vêtue d’une longue robe rouge échancrée telle une enfant que les adultes voient trop tôt femme, elle a joué avec simplicité et ténacité un programme couvrant tous les époques et les styles, de Joseph Haydn (Sonate n° 32) à Serge Rachmaninov (Barcarolle op. 10/3) en passant par Félix Mendelssohn-Bartholdy (Chanson sans paroles : Distaff), Frédéric Chopin (Préludes op. 28/4 et 7, Valses n° 8 et 14) et Claude Debussy (Docteur Gradus ad Parnassum). 

Sunwook Kim. Photo : DR

Après ce charmant et juvénile prologue, le programme de la soirée en tant que tel a été ouvert par le Coréen de 25 ans Sunwook Kim avec un programme remarquablement conçu, ce qui trahit la maturité intellectuelle de ce pianiste qui reste à ce jour le plus jeune lauréat du Concours de Leeds qu’il a remporté à 18 ans, en 2006. Un programme à la façon de Maurizio Pollini, commençant avec la Partita n° 1 en si bémol BWV 825 de Jean-Sébastien Bach, jouée avec une digitalité impressionnante mais avec une conception trop distanciée, suivie par les toujours rares Variations pour piano op. 27 d’Anton Webern auxquelles le jeune coréen a donné toute la poésie et la magie de timbres, et concluant sur une Sonate n° 28 en la majeur op. 101 de Beethoven techniquement impeccable mais trop raide et déshumanisée. 

Sanja Bizjak. Photo : (c) Annecy Classic Festival, Yannick Perrin

Plus engagée et personnelle, la prestation de Sanja Bizjak a confirmé tout le bien que j’en ai écrit ici même en avril dernier (voir http://brunoserrou.blogspot.fr/2013/04/sanja-bizjak-jeune-pianiste-serbe-dans.html). La belle et brillante pianiste serbe a conforté cette impression première dans un répertoire plus large dans lequel elle a excellé tout autant, commençant sa prestation sur trois Mazurkas op. 63 de Chopin suivies de deux magistrales Etudes de Debussy (Pour les notes répétées et Pour les arpèges composés). La suite de son programme reprenait quatre des pages dans lesquelles elle s’était splendidement illustrée Salle Cortot et qu'elle a jouées avec autant de force poétique, Vallée d’Obermann extrait de la première des Années de Pèlerinage de Franz Liszt et trois Etudes-Tableaux op. 33 de Rachmaninov.

David Kadouch. Photo : (c) Annecy Classic Festival, Yannick Perrin

Après avoir déçu dans la Ballade n° 4 en fa mineur op. 52 de Chopin sans carrure ni engagement, comme s’il se réservait pour le morceau de roi qui s’ensuivait, David Kadouch a brossé des Tableaux d’une exposition de Moussorgski une lecture imposante et colorée, abordés avec enthousiasme et simplicité, et joués avec un toucher aérien. Cette ample partition de trente-cinq minutes se présente tel un grand poème pianistique en dix saynètes soudées par le superbe thème russe richement harmonisé de la Promenade qui se présente à quatre reprises dans le développement de la pièce. En fait de piano, c’est bel et bien un orchestre symphonique entier que le compositeur russe déploie dans son ouvrage sans équivalent dans le répertoire pour clavier, tant l’évolution harmonique est riche et polymorphe, les résonnances infinies, la palette sonore d’une richesse inouïe. De ses doigts d’airain courant comme en apesanteur sur le clavier, le corps ne bougeant guère bien qu’il s’avère d’une présence indubitable, Kadouch se joue avec entrain et spontanéité des phénoménales difficultés de l’œuvre et réussit la gageure de donner une vie propre à chaque tableau qui semble se présenter sous les yeux de l’auditeur tant le pouvoir de suggestion est prégnant dans cette exécution d’une énergie singulière. 

 Yulianna Avdeeva. Photo : DR

C'est à Yulianna Avdeeva qu’a été confié le soin de conclure la soirée. La pianiste russe s’impose par un toucher puissant, l’amplitude de ses mains, sa stature noble et sa façon de se tenir devant le clavier dos cambré et statique. Russe jusqu’au bout de ses doigts d’acier, Schubert ne lui sied guère. Du moins à en juger par les trois premiers Klavierstücke D. 946 sur lesquels elle a porté son dévolu et qui me sont apparu comme un char de l’armée russe traversant sans égard un champ de coquelicots. La Ballade n° 1 en sol mineur op. 23 de Chopin était plus conforme et sans pathos, mais c’est dans la Sonate n° 7 en si bémol majeur op. 83 de Serge Prokofiev qu’Avdeeva a attesté de son énorme potentiel, restituant les multiples facettes de cette riche partition avec un engagement de chaque instant, magnifié par un nuancier d’une ampleur et de nature impressionnante.

Astrig Siranossian et, à l'arrière-plan, Andryi Dragan. Photo : Annecy Classic Festival, Yannick Perrin

Agée de 24 ans, accompagnée par un pianiste ukrainien de deux ans son aîné, la violoncelliste française d’origine arménienne Astrig Siranossian, qui joue sur un instrument de Francesco Ruggieri de 1676, est douée d’une éclatante musicalité agrémentée d’une virtuosité éminemment naturelle qui s’est exprimée pleinement dans une éblouissante interprétation de la belle Sonate pour violoncelle et piano en ut majeur op. 65 que Benjamin Britten composa en 1961 pour le duo qu’il constituait avec son ami Mstislav Rostropovitch. La Sonate n° 5 pour violoncelle et piano en ré majeur op. 102/2 de Beethoven qui a précédé est apparue un peu contrainte, la violoncelliste laissant la primauté au piano, fort bien tenu il est vrai par Andryi Dragan jouant un Bösendorfer, comme s’il s’agissait, à l’instar des premières sonates de Beethoven, de pages pour piano avec violoncelle obligé. La Grande fantaisie sur le thème du Barbier de Séville op. 6 d’Adrien-François Servais d’un intérêt anecdotique n’avait d’autre vertu que l’échauffement…  

Bruno Serrou

jeudi 29 août 2013

Hector Berlioz a reçu fin août ses contemporains en son village de l’Isère, La Côte-Saint-André

Festival Berlioz, La Côte-Saint-André (Isère), jeudi 22, vendredi 23, samedi 24 et dimanche 25 août 2013

La Côte-Saint-André (Isère), la maison natale d'Hector Berlioz. Photo : (c) Bruno Serrou

C’est sur un événement peu ordinaire que s’est ouverte jeudi 22 août la vingtième édition du Festival Berlioz à La Côte-Saint-André, village de l’Isère planté à mi-distance de Lyon et de Grenoble. Ce bourg de cinq mille âmes serait resté dans l’anonymat s’il n’y était né le 11 décembre 1803 au sein de l’une de ses vieilles familles de notables l’un des compositeurs les plus célébrés dans le monde, Hector Berlioz. C’est en effet à 10km de là, au pied du château de Bressieu, que le soir du lancement du Festival Berlioz, ont été fondues devant 7000 personnes venues de toute part deux cloches de bronze de 300 kg et 600 kg, accordées sur les deux notes du glas du Songe d’une nuit de sabbat de la Symphonie fantastique, sol4 et do2. Ce moment impressionnant et particulièrement émouvant, organisé pour le 20e anniversaire du retour du festival en Isère après un interlude lyonnais, s’est déroulé dans l’ambiance des fêtes populaires du XIXe siècle, où artisans et paysans en costumes et pourvus d’outils traditionnels ont évoqué le pays au temps de la jeunesse de l’auteur de la Symphonie fantastique.

Festival Berlioz, La Côte-Saint-André / Bressieu. Démoulage des cloches sol4 (à gauche) et do2 (à droite) pour la Symphonie fantastique. Photo : (c) Véronique Lentieul

Démoulées avec succès trois jours après leur fonte, les cloches seront ensuite poncées et accordées au diapason 440Hz, puis accrochées à un portique qui leur est expressément destiné réalisé par les 86 habitants du hameau de Bressieu. Baptisées à leur sortie de terre, conformément à la tradition, devant plus d’un millier de spectateurs du nom de leurs parrains, Gisèle Boyer, veuve du fondateur du festival, et André Vallini, président du Conseil général sénateur de l’Isère, elles devaient être inaugurées le 1er septembre par l’orchestre Le Balcon lors d’un concert gratuit hors norme diffusé à travers le village de La Côte-Saint-André entier depuis la halle historique durant un concert réunissant le Marteau sans maître de Pierre Boulez et la Symphonie fantastique d’Hector Berlioz.

La Côte-Saint-André, le salon de la maison natale d'Hector Berlioz. Photo : (c) Bruno Serrou

Le lendemain de la fonte des cloches, étaient lancés deux marathons prévus sur dix jours, l’un consistant en une série de 45 concerts, investissant jusqu’à Grenoble, plusieurs se déroulant en divers endroits à la même heure, le second en une intégrale des sonates pour piano de Beethoven par François-Frédéric Guy jouées en un point, l’église de La Côte-Saint-André, et à un horaire fixes, avec un seul jour de repos. 

La Côte-Saint-André, le salon de musique de la maison natale d'Hector Berlioz. Photo : (c) Bruno Serrou

Pour sa septième intégrale du monument pianistique que représentent les trente-deux sonates de Beethoven - la première ayant eu Monaco pour cadre pendant le Printemps des Arts 2008, en dix concerts sur cinq jours contre neuf récitals en dix jours cette fois (1) -, François-Frédéric Guy a choisi de suivre au plus près l’ordre chronologique de la genèse et de la numérotation des partitions, ce qui permet de juger de l’évolution du style beethovenien et des audaces du compositeurs qui, dès les premières pièces du genre, se détache de son maître Joseph Haydn par un caractère particulièrement audacieux. « Je ne me serai pas lancé dans cette intégrale si je n’avais pas maîtrisé complètement le monument qu’est la Hammerklavier, véritable juge de paix, convient François-Frédéric Guy. J’ai joué soixante-sept fois l’opus 106 avant mon premier cycle entier des trente-deux sonates. Je pense en effet qu’il faut avoir l’esprit libéré de ce sommet pianistique pour éviter de penser à cet obstacle infranchissable si l’on n’en maîtrise pas les arcanes. »

Festival Berlioz, église de La Côte-Saint-André, François-Frédéric Guy. Photo : (c) Bruno Serrou

C’est donc avec les trois sonates opus 2 que François-Frédéric Guy a lancé son cycle de La Côte-Saint-André, sur un Steinway fort bien réglé aux sonorités égales et polychromes, et dont la souplesse du clavier et la régularité des touches a permis au pianiste de donner avec infiniment de naturel toute la délicatesse et la luminosité de ces partitions de jeunesse déjà toutes empruntes du génie beethovenien. Le premier rendez-vous berliozien s’est déroulé sous le chapiteau dressé dans la cour du Château Louis XI dominant La Côte-Saint-André, épicentre du festival. Ce concert était fort attendu, puisqu’il s’agissait de la dernière grande partition achevée de Berlioz, l’opéra-comique en deux actes « imité de Shakespeare » Béatrice et Bénédict. Composé en 1860-1862 sur un livret du compositeur adapté de William Shakespeare, cet ouvrage est rarement porté à la scène depuis sa création le 9 août 1862 à la Hofoper de Bade sous la direction de Berlioz, qui en signe également la mise en scène. Une œuvre rare à la scène, ne serait-ce que pour d’évidentes difficultés de représentation, Berlioz ayant réalisé dans son ultime partition la synthèse de son art et de ses exigences de musicien épris de Shakespeare. Au risque de l’impossible réalisation scénique, malgré une intrigue plutôt limpide, la pièce de Shakespeare adaptée par Berlioz - Beaucoup de bruit pour rien, qui a Syracuse pour cadre - contant deux histoires d’amour parallèles, dont les protagonistes, après des péripéties sans importance, finissent par convoler en deux justes noces. 

 Festival Berlioz, cours du Château Louis XI, la scène sous chapiteau. Photo : (c) Bruno Serrou

Contrairement à la production présentée salle Favart en février 2010, la synthèse des dialogues du livret original est apparue mieux adaptée au format du concert semi-scénique réglé par Lilo Baur, bien qu’il ait été dit de façon contrainte et négligeant les liaisons de la langue française, quoique lu par un sociétaire de la Comédie française, Serge Bagdassarian. Dominée par l’excellente Béatrice d’Isabelle Druet, voix au chaud mezzo et timbre de bronze, la distribution s’est avérée homogène, bien que la voix peu carnée de Jean-François Borras ait fait de Bénédict un personnage en retrait, tandis que Marion Tassou a personnifié une Héro un peu effacée. Préparé par Nicole Corti, qui y avait adjoint son remarquable Chœur Britten, le Jeune chœur symphonique a particulièrement brillé en regard du Jeune Orchestre Européen, qui, jouant sur instruments d’époque l’une des œuvres ultimes d’un visionnaire sous une température et une hygrométrie pourtant quasi idéale, s’est avéré aléatoire côté justesse et intonation, mais répondant avidement à la direction un peu hachée et manquant de lyrisme mais vive et enlevée de François-Xavier Roth. Je n’ai pu pour ma part empêcher de percer le souvenir du concert au Théâtre des Champs-Elysées en 2009 de l’Orchestre National de France dirigé par Sir Colin Davis dans cette même oeuvre…

 Festival Berlioz, Leonard Slatkin et l'Orchestre National de Lyon. Photo : (c) Bruno Serrou

C’est d’ailleurs sur les traces du grand chef britannique qui imposa Berlioz au monde au tournant des années 1960-1970, que s’est engagé Leonard Slatkin à la tête de son Orchestre National de Lyon en donnant une Symphonie fantastique au cordeau, vive, contrastée, d’un onirisme ardent que les musiciens lyonnais ont agrémenté de leurs timbres chauds, leur jeu et leurs sonorités précis sans commune mesure avec ce qu’ont donné à entendre les instruments anciens des deux orchestres qui encadraient leur prestation. Pourtant, il faillit bien ne pas y avoir de Fantastique, ce soir-là. En effet, au moment de la reprise, un très violent orage s’est abattu sur La Côte-Saint-André, suscitant une valse-hésitation des musiciens de l’orchestre, certains protégeant leurs instruments, d’autres fuyant vers la sortie, d’autres enfin restant stoïquement sur leur chaise, les uns et les autres se croisant confusément en fonction des déplacements de chacun…

Festival Berlioz, orage perturbateur à l'horizon. Photo : (c) Bruno Serrou

Puis, au grand bonheur du nombreux public, le concert reprit, tandis que le tonnerre grondait fortement et la pluie couvrait en rebondissant sur la bâche jusqu’aux fortissimi de Rêveries - Passions. Il fut donc bien difficile de juger de l’interprétation, que l’on sentait néanmoins tendue entre deux violentes averses, qui perturbèrent également Un Bal. Mais le temps devint plus clément pour la Scène aux champs, et la direction de Slatkin se fit dès lors plus fluide et le jeu des musiciens plus détendu. La Marche au supplice et le Songe d’une nuit de sabbat ont ainsi pu toucher à la perfection tant dramatique qu’instrumentale. Avant cet orage, l’Orchestre National de Lyon a donné une intense L’Île des morts de Serge Rachmaninov, qui a préludé à une éblouissante Totentanz de Franz Liszt que Bertrand Chamayou donnait pour la première fois en public, avec un brio et une intensité dramatique époustouflantes.

 Le Grand-Lemps, le Quatuor Cambini et l'un des cadreurs saboteurs du concert. Photo : (c) Bruno Serrou

L’après-midi, le Quatuor Cambini a donné en l’église du Grand-Lemps un programme peu couru, réunissant le premier Quatuor à cordes op. 12 de Félix Mendelssohn-Bartholdy, œuvre de jeunesse d’un classicisme prometteur, suivi d’un interminable Quatuor en la mineur op. 56/2 de Louis-Théodore Gouvy (1819-1898) consternant de banalité, et d’un charmant Quatuor n° 4 en mi mineur de Félicien David (1810-1876) réduit à un mouvement unique, son auteur l’ayant laissé inachevé. A noter que durant ce concert, capté par un site Internet local, deux des trois cadreurs n’ont scandaleusement cessé de danser avec leurs caméras devant le public et les musiciens, perturbant autant le jeu que l’écoute, se moquant comme d’une guigne des interprètes et des spectateurs payants se prenant sans doute pour de plus grands artistes que les membres du quatuor. Quatre musiciens jouant sur des instruments à cordes en boyaux, sujets à une forte pression hygrométrique, au point que la chanterelle du premier violon finit par exploser…

 La Côte-Saint-André, la halle médiévale. Photo : (c) Bruno Serrou

Des instruments anciens qui allaient jouer de bien mauvais tours le lendemain aux musiciens de La Chambre Philharmonique, aux sonorités ternes et dont les pupitres sont apparus encore moins en place que lors du dernier concert sous abri auquel j’avais eu l’occasion d’assister, sans doute en raison de la direction un peu raide d'Emmanuel Krivine. Car le chef fondateur de cet orchestre est apparu plus tendu et à cran que la normale. Le temps n’y était sans doute pas pour rien, la température étant tombée à 13° C. Les musiciens installés et accordés longuement, précédé du soliste, Krivine apparut en veston de laine et un chandail noué autour du cou tombant dans son dos. A peine installé sur son estrade, il lança sans attendre Harold en Italie de Berlioz, oeuvre qui aurait dû être à l'origine du programme précédé de l’ouverture les Ruines d’Athènes de Beethoven. Un Harold qu’il a enlevé si prestement que l’altiste du Quatuor de Jérusalem, Amihai Grosz, n’a pu que jouer serré, ce qui a empêché ses sonorités de s’exprimer à plein, étouffant toute velléité lyrique, ce qui s’est avéré particulièrement dommageable dans la Sérénade d’un amoureux dans les Abruzzes. Même course frénétique dans la Symphonie n° 3 en mi bémol majeur « Eroica » de Beethoven, inopinément interrompue par Emmanuel Krivine à la fin du mouvement initial, par un « j’ai froid, je vais chercher un manteau ». Et de fait, il revint sur le plateau recouvert d’un épais manteau de peau sans couleur passé au-dessus de son veston de laine, et les épaules recouvertes du même pull-over que précédemment, puis il jeta en direction du public un rapide « excusez-moi » concomitamment au lancement de la Marche funèbre qui a pris le tour d’un raide et froid morceau indéfini, tandis que les deux derniers mouvements, rapidement expédiés, sont apparus comme invertébrés. Pourtant, bon prince, le public fit une véritable ovation aux interprètes. Ce dont le chef n’a eu cure, puisqu’en guise de remerciements pour leur stoïcisme, les spectateurs ont vu Krivine tirer la premier violon par la manche, intimant ainsi à l’orchestre entier l'ordre de quitter le plateau dextrement… Comportement consternant !

Heureusement, le concert de l’après-midi - choix délicat à prendre, car le Festival Berlioz proposait à la même heure un récital passionnant de Bertrand Chamayou, mais à Grenoble -, s’est avéré un véritable bain de jouvence, tant la simplicité de l’approche et la générosité de l’interprétation de François-Frédéric Guy ont suscité un bonheur de l’écoute extraordinairement communicatif dans les Sonates opp. 7, 14/1 et 2 et 13 « Pathétique » de Beethoven. Dans les mouvements lents des deux opus 14 en particulier, le musicien a exalté une ferveur, une tendresse exceptionnelle. Un grand moment de piano auquel l’on aurait aimé goûter jusqu’au 1er septembre...

Bruno Serrou

1) L’intégrale des Sonates pour piano de Beethoven par François-Frédéric Guy est disponible en CD sous le label Zig-Zag Territoires/Outhere en 3 coffrets, réunis en un seul à paraître le 8 octobre 2013. Par ailleurs, le pianiste donnera son premier récital au Théâtre des Champs-Elysées le 28 janvier 2014.

mercredi 21 août 2013

DVD : Le Joueur (The Gambler) de Prokofiev du Théâtre Mariinsky dirigé de main de maître par Valery Gergiev et sobrement mis en scène par Temur Chkheidze



Œuvre de jeunesse de Serge Prokofiev (1891-1953) composée en pleine Première Guerre mondiale, entre 1915 et 1917 - sa création était prévue en 1917 à Saint-Pétersbourg, projet condamné par la révolution d’Octobre -, l’opéra le Joueur, op. 24 a finalement connu les feux de la rampe dix ans après l’exil du compositeur, le 29 avril 1929, au Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles et en français, non sans quelques révisions. Il disparut aussitôt de l’affiche pour un quart de siècle, et il ne sera donné pour la première fois en URSS que dix ans après la mort de son auteur, en 1963.

Puisée chez Fiodor Dostoïevski, l’action de l’opéra a pour cadre une ville d’eau allemande au nom symbolique de Roulletenbourg. Le personnage central est un général russe à la retraite incapable d’échapper à sa passion pour le jeu, au point qu’il n’hésite pas vendre son âme. Cette partition est née pendant la période fauve de Prokofiev. Un Prokofiev magicien de la couleur, agile rythmicien, incisif et sarcastique. « L’orchestration des "étreintes" du quatrième acte m’a donné bien des soucis, écrit-il sans son journal. Après quoi j’ai fait une petite fin légère et rapide et, le 22 janvier, l’orchestration du Joueur était terminée. Cette orchestration a traîné en longueur, [mais] le quatrième acte sera intéressant et avec des sonorités nouvelles. »

Œuvre de jeunesse, le Joueur n’en atteste pas moins d’une pleine maîtrise de la voix et de l’orchestre qui autorise une caractérisation au cordeau de la faune d’une salle de jeu à travers une trentaine de personnages, anti-héros dont la préoccupation centrale est l’argent et son utopie, qu’il vienne du jeu ou d’un héritage.

Valery Gergiev a fait de cet opéra l’un de ses chevaux de bataille. Il l’a d’ailleurs enregistré pour Philips, qui l’a publié en 1996 dans sa remarquable collection « Kirov » aujourd’hui disparue, alors que la même production était présentée à Paris en février de cette année-là au Théâtre des Champs-Elysées, dans une mise en scène de Temur Chkheidze et une scénographie de George Tsypin. L’enregistrement DVD proposé aujourd’hui par le label du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg dont Gergiev est la figure tutélaire a été capté en 2010 dans une autre mise en scène signée du même Temur Chkheidze, plus sobre et illustrative que la précédente dans ses décors de Zimovy Margolin, et moins flamboyante que celle de Dimitri Tcherniakov pour Daniel Barenboïm disponible en DVD chez Unitel. Chkheidze sert néanmoins d’assise cohérente à la direction irrésistible de Valery Gergiev, qui chante dans son jardin. Le chef russe est à la tête d’une distribution idoine menée par l’extraordinaire ténor Vladimir Galuzin dans le rôle d’Alexeï, entouré entre autres des remarquables Sergei Aleksashkin (le Général), Tatiana Pavlovskaya (Polina) et Larisa Dyadkova (Babulenka).

Bruno Serrou

1 DVD Mariinsky MAR0536 (2h06mn). Réalisation vidéo : Laurent Gentot

dimanche 18 août 2013

Le classicisme ardent du Quatuor Ebène envoûte le cloitre de l’abbaye de Silvacane

Festival international de Quatuors à Cordes du Luberon, Abbaye de Silvacane (La Roque d’Anthéron), samedi 17 août 2013
 
Festival de Quatuors à cordes du Luberon. Quatuor Ebène, abbaye de Silvacane (La Roque d'Anthéron). Photo : (c) Bruno Serrou
 
Pour le troisième de ses quinze concerts, le Festival de Quatuors à cordes du Luberon a investi samedi le cloître de l’abbaye de Silvacane, lieu somptueux que la manifestation partage avec le Festival de piano de La Roque d’Anthéron (voir http://brunoserrou.blogspot.fr/2013/08/olivier-cave-et-les-surs-katia-et.html et http://brunoserrou.blogspot.fr/2013/08/iddo-bar-shai-hannes-minnaar-et-joseph.html). Ce lieu intimiste à la chaude et homogène acoustique à la mesure des récitals consacré au répertoire baroque avec clavecin ou piano, est parfaitement adapté au concert de quatuor à cordes, la polyphonie résonnant clairement tandis que les contrastes sonores acquièrent un relief particulier, tant le lieu amplifie la présence des instruments, qu’ils soient à cordes pincées, frappées ou frottées.

Connu pour la polyvalence de son répertoire, qui court du classicisme à la création contemporaine et ne craint pas la polyvalence en abordant la musique populaire que son violoncelliste se plait à arranger (jazz, pop’, rock) selon les circonstances, constitué de Pierre Colombet et Gabriel Le Magadure (violons), Mathieu Herzog (alto) et Raphaël Merlin (violoncelle), en résidence à la Fondation Singer Polignac, le Quatuor Ebène est d’un bois aussi solide que précieux, tant il transcende sa polyvalence en s’engageant sans compter dans des œuvres exigeantes et complexes qu’ils interprètent de façon éblouissante de jeunesse et de vigueur.

Pour son second concert de l’édition 2013 du Festival du Luberon, après un premier programme présenté en ouverture en l’église de Cabrières d’Avignon le 15 août avec un programme Haydn, Mendelssohn, Bartók, le Quatuor Ebène a conquis plus de deux cents personnes en choisissant trois maîtres du classicisme qui leur ont permis de mettre en perspective deux partitions de jeunesse et une œuvre de grande maturité qui demeure insurpassée. Précédé du plus achevé des trois Divertimenti pour quatuor à cordes de Mozart, celui en fa majeur KV. 138 composé par un jeune-homme de 16 ans, interprété avec flamme, le Quatuor en la mineur op. 13 de Félix Mendelssohn-Bartholdy, partition d’une fraîcheur et d’une spontanéité admirablement servie par les Ebène, a été interprété avec empressement sous la conduite d’un premier violon étincelant et voluptueux, tenu une fois n’est pas coutume par Gabriel Le Magadure, habituellement au poste de second, qui a exalté la fièvre et l’ivresse juvénile d’un Mendelssohn déjà maître du temps empli de son admiration pour le classicisme viennois, tandis que ses trois partenaires lui ont emboîté le pas avec une fougue singulièrement communicative.

Le morceau de roi a empli la seconde partie entière, les Ebène se refusant à tout bis après l’exécution du chef-d’œuvre qu’ils avaient retenu pour l’occasion. Le Quatuor à cordes n° 15 en la mineur op. 132 de Ludwig van Beethoven, puisque c’est de lui qu’il s’agit, reste malgré ses cent quatre vingt neuf ans, l’une des partitions les plus aventureuses et novatrices de l’histoire de la musique. Il est au quatuor à cordes ce que la Sonate en si bémol majeur op. 106 « Hammerklavier » du même Beethoven est au piano : un véritable Himalaya de la musique. Leur mouvement lent respectif, tous deux placés en troisième position - sur cinq mouvements pour le quatuor et quatre pour la sonate -, sont comparables en de nombreux points, et pas seulement par la durée, mais aussi le climat, la portée… Et l’on peut appliquer à l’opus 132 ce que Ferruccio Busoni disait de l’opus 106, affirmant que « la vie d’un homme est malheureusement beaucoup trop courte pour l’apprendre ». Créé au Prater de Vienne par le Quatuor Schuppanzigh le 9 septembre 1825, ce quinzième quatuor est dédié au prince Galitzine, tout comme les quatuors opus 127 et 130. La genèse parallèle des treizième et quinzième quatuors fait que l’on retrouve dans les deux œuvres un matériau et une atmosphère communs, tandis que le mouvement initial du quinzième se place dans le prolongement de la Grande Fugue qui concluait le treizième dans sa forme originelle avant d’en être détachée en 1827 comme opus 133, que le Quatuor Tetraktys a donné vendredi (voir http://brunoserrou.blogspot.fr/2013/08/au-coeur-du-luberon-au-sein-dun.html). Dans la continuité également de l’opus 130 divisé en six mouvements, l’opus 133 en compte cinq, le premier étant relativement court (deux cent soixante mesures d’Allegro précédées d’une introduction lente), tandis que le scherzo qui le suit est plus développé. Celui-ci introduit le troisième mouvement, immense Molto adagio d’une vingtaine de minutes qui se présente comme un « chant de grâce d’un convalescent à la divinité » dans lequel le compositeur célèbre son rétablissement après une grave inflammation intestinale, si bien que Beethoven utilise le mode lydien de la liturgie romaine sur un rythme dansant qui trahit la joie du convalescent. Deux derniers mouvements vifs s’enchaînent ensuite, l’Allegro appassionato final étant précédé d’un bref Alla marcia. Le souffle conquérant de l’approche des Ebène, la noblesse altière, la puissance conquérante et fébrile, le classicisme de leur conception qui évite toute romantisation de leur interprétation, la sensibilité enivrante de leur jeu dans l’Adagio, la magie de l’alliage instrumental ont supérieurement servi ce somptueux chef-d’œuvre de trois quarts d’heure, le premier violon surmontant sans anicroches les montées chromatiques piégeuses que lui réserve Beethoven, tandis que ses sonorités se sont avérées plus charnues et rondes que lumineuses et sensuelles.

Bruno Serrou

samedi 17 août 2013

Au coeur du Luberon, au sein d’un programme dense et remarquablement conçu, le Quatuor Tetraktys excelle dans Aperghis et Chostakovitch

Festival international de Quatuors à Cordes du Luberon, Eglise de Goult, vendredi 16 août 2013

Festival international de Quatuors à cordes du Luberon, le Quatuor Tetraktys en l'église de Goult. Photo : (c) Bruno Serrou
 
Voilà 37 ans naissait le Festival de Quatuors à cordes du Luberon. Depuis sa fondation, en 1976, cette manifestation a reçu les quatuors à cordes les plus fameux de leurs générations. Des plus réputés aux plus prometteurs issus des derniers concours internationaux en date, tous s’y sont produits ou y seront invités un jour. Car, malgré la crise économique mondiale et une crise financière interne, le Festival, présidé depuis deux ans par Hélène Salmona, se maintient parmi les rendez-vous majeurs d’un genre réputé difficile, le quatuor à cordes. Le tout dans des cadres patrimoniaux qui fleurissent sur les deux rives de la basse Durance, de l’avignonnais au pays d’Aix-en-Provence. Conformément aux précédentes éditions, le festival provençal accueille cette année huit quatuors à cordes qui donnent chacun deux concerts dans le Luberon avec autant de programmes différents. Intégré à l’opération Marseille Capitale européenne de la Culture, il a invité des ensembles du bassin méditerranéen jouant des œuvres de compositeurs originaires de cette même région du globe.

Ainsi, en moins de quarante ans, ce festival à forte ambition artistique a-t-il formé un public de connaisseurs résidentiels et estivants mêlés capable d’accepter toute sorte de répertoire, du plus courant au plus alambiqué. Il suffit de le voir concentré, écoutant les yeux fermés, notamment deux jeunes femmes et leur mère, des pages de Georges Aperghis et de Dimitri Chostakovitch, ou des Contrepoints et des fugues de Jean-Sébastien Bach et de Ludwig van Beethoven.

C’est ce programme particulièrement exigeant que deux cents mélomanes de tous âges, réunis en la charmante église du village de Goult, ont pu entendre vendredi interprété par le Quatuor Tetraktys. Cette formation qui compte trois Grecs et un Turc fondée à Athènes en 2008 dont les membres subissent de plein la crise économique particulièrement virulente de leur pays, puisque le second violon, Kostas Panagiotidis, a été jusqu’à sa dissolution sans préavis par le gouvernement grec membre de l’Orchestre symphonique national de la Radio-Télévision grecque, tandis que son frère Giorgos Panagiotilis (premier violon) et Ali Basegmezler (alto) sont à la Camerata d’Athènes et Dimitris Travlos (violoncelle) à l’Orchestre d’Etat d’Athènes. « Aujourd’hui, dit Kostas Panagiotidis, l’orchestre n’a pas été réintégré au plan de redémarrage de la Radio-Télévision. Nous maintenons néanmoins le cap, en nous réunissant pour donner nos concerts, que nous jouons gratuitement. Mais cela ne peut durer qu’un temps, car la situation est intenable, même lorsqu’il s’agit de porter la musique à un peuple qui souffre et a donc besoin d’art pour traverser cette période de crise. »

C’est avec une œuvre d’un compositeur grec vivant en France, Georges Aperghis (né en 1945), que le Quatuor Tetraktys a ouvert son concert. Créé en 2009 par le Quatuor Arditti, le Mouvement de quatuor « se présente comme un ″corps harmonique″ dans lequel les musiciens ne possèdent pas de véritable individualité. Ils sont étroitement liés entre eux, comme les branches d’un même tronc, précise Aperghis. On s’aperçoit vite à l’écoute que la pièce se compose uniquement d’une suite d’harmonies, un accord succédant à l’autre. Ces accords sont autant d'″objets trouvés″… » Tout en regrettant de n’avoir jamais eu l’occasion de rencontrer le compositeur, ce qu’ils espèrent pouvoir rapidement réparer, les Tetraktys ont donné de cette page de sept minutes une interprétation précise et fluide, dynamique et sereine à la fois, démontrant ainsi combien ils ont su l’assimiler.

Noblesse et grandeur, telles sont les impressions ressenties à l’écoute de la sélection des quatre pages qu’ils ont sélectionnées dans l’Art de la fugue de Jean-Sébastien Bach (1685-1750), les Contrepoint 1, Fugue double 2, Contrepoint 4 et Fugue double 1, qui ont résonné dans l’acoustique de la petite église avec une transparence et une fluidité extrême. A l’instar de la Grande fugue en si bémol majeur op. 133 de Ludwig van Beethoven (1770-1827), enlevée avec une énergie conquérante, où seules les sonorités légèrement aigres et l’archet un peu lourd du premier violon a imperceptiblement gêné l’écoute. Ce qui n’a pas été le cas dans le Quatuor à cordes n° 3 en fa majeur op. 73 de Dimitri Chostakovitch (1906-1975), que les Tetraktys ont exécuté avec une précision, une force implacable et un onirisme puissant, imposant de la sorte de palpables affinités avec la création du compositeur russe. Pour conclure, les musiciens ont offert en bis un extrait de toute beauté de l’un des quatre quatuors à cordes de leur compatriote Nikos Skalkottas (1904-1949), l’un des disciples d’Arnold Schönberg, dont il fut l’élève à Berlin.

Le public parisien devrait avoir l’occasion d’écouter le Quatuor Tetraktys dans le cadre du prochain Festival ManiFeste de l’IRCAM, en juin 2014, où il est invité à jouer entre autres un quatuor de Philippe Manoury.

Bruno Serrou

mardi 13 août 2013

Daniel Barenboïm et son orchestre de jeunes israélo-palestiniens West-Eastern Divan ont fait l’événement du Festival de La Roque d’Anthéron

XXXIIIe Festival de La Roque d’Anthéron, parc du Château de Florans, lundi 12 août 2013
 
Daniel Barenboïm et le West-Eastern Divan Orchestra. Photo : (c) Festival de La Roque d'Anthéron, Christophe Grémiot

Grande première hier soir pour le Festival de La Roque d’Anthéron qui a reçu pour la première depuis sa création Daniel Barenboïm. Contrairement à ce que l’on pouvait attendre d’un festival de piano, ce n’est pas le pianiste qui est venu mais le chef d’orchestre engagé dans son temps, autant comme pédagogue que par conviction humaniste et comme militant pacifiste. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que circule depuis trois ans une pétition sur les réseaux sociaux pour la « nobélisation » du musicien argentino-israélo-espagnolo-palestinien.
 
Daniel Barenboïm. Photo : (c) Festival de La Roque d'Anthéron, Christophe Grémiot
 
La venue de Daniel Barenboïm à la tête de la formation symphonique réunissant des jeunes musiciens israéliens, palestiniens et originaires de tout le Moyen-Orient - il est quasi impossible de distinguer de visu au sein de l’orchestre les musiciens israéliens des musiciens palestiniens - qu’il a fondée en 1999 avec son ami Edward Saïd, intellectuel palestino-américain aujourd’hui disparu, a attiré les foules des grands jours, hier soir, dans l’enceinte du parc du château de Florans, malgré l’exigence d’un programme que le patron de l’Opéra d’Etat de Berlin, de l’Orchestre de la Staatskapelle de Berlin et de celui de la Scala de Milan, a comme de coutume savamment élaboré en tissant les liens entre les compositeurs et les œuvres. Une foule au sein de laquelle on a pu distinguer la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, qui a fait le déplacement depuis sa résidence de vacances alors qu’on a rarement l’occasion de la croiser dans une salle de concert de musique classique et moins encore dans les hommages rendus aux grands musiciens disparus, le directeur de la Salle Pleyel, de la Cité de la musique et de la Philharmonie de Paris Laurent Bayle, et la directrice fondatrice de l’Ensemble Accentus Laurence Equilbey.
 
Daniel Barenboïm et le West-Eastern Divan Orchestra. Photo : (c) Festival de La Roque d'Anthéron, Christophe Grémiot
 
Pour la tournée 2013 de sa formation plus ou moins renouvelée chaque saison, Barenboïm a choisi pour axe Richard Wagner, dont est célébré cette année le deux-centième anniversaire de la naissance. L’on sait combien le chef d’orchestre pianiste s’escrime depuis plusieurs années à imposer en Israël la musique de son cher Wagner, compositeur où il excelle, à l’instar de l’œuvre d’Anton Bruckner. Au risque de se voir menacé de mort et de batailles rangées, d’injures et de jets de tomates pendant les concerts dans lesquels il programme des pages du maître de Bayreuth. Ce dont Barenboïm n’a cure, enfonçant le clou et persistant à diriger quoiqu’il advienne cette musique qu’il vénère sur la terre de ses ancêtres (voir l’article qu’il a publié en anglais, http://www.nybooks.com/articles/archives/2013/jun/20/wagner-and-jews/?pagination=false, et qu’il conclut ainsi : « Ce comportement est indigne d’auditeurs juifs. Ils devraient plutôt être influencés par de grands penseurs juifs comme Spinoza, Maïmonide et Martin Buber que par les dogmes bancals »).
 
Daniel Barenboïm. Photo : (c) Festival de La Roque d'Anthéron, Christophe Grémiot
 
C’est donc avec Wagner que Daniel Barenboïm a ouvert le concert, comme il le fera pour conclure. Il est allé jusqu’à choisir le prélude de l’ultime partition achevée de Wagner, le « festival scénique sacré » Parsifal, ouvrage à la symbolique néo-chrétienne qui constitue le sommet de la création wagnérienne, unique œuvre conçue pour le Festspielhaus de Bayreuth. Ainsi, Barenboïm a-t-il réuni les trois confessions monothéistes en une même communion autour d’une quatrième, celle vouée au culte de Wagner. La beauté des cordes, la clarté des cuivres, le moelleux des bois, l’humanité à fleur de peau qui ont émané de l’orchestre ont suscité la plus vive émotion, au point de faire oublier les légers décalages (ce concert se situait il est vrai en début de tournée qui s’achèvera à Berlin début septembre) qui ont pu poindre incidemment au détour de phrases aux respirations il est vrai infinies. A la fin de l’exécution de cette page grandiose, je n’ai pour ma part pu contenir les larmes qui me submergeaient imperceptiblement…
 
Karim Saïd. Photo : (c) Festival de La Roque d'Anthéron, Christophe Grémiot
 
Barenboïm est, avec ses amis Claudio Abbado et Pierre Boulez, l’un des rares chefs de renom à pouvoir et oser imposer des chefs-d’œuvre difficiles, à la fois pour les interprètes et pour les auditeurs, des œuvres qui font encore fuir trop de mélomanes. Quantité de fidèles de La Roque d’Anthéron se sont pour la première fois mesurés à une partition d’Alban Berg, sans doute la page la plus complexe et ésotérique du plus lyrique des élèves d’Arnold Schönberg, qui, avec son maître et son condisciple Anton Webern, forme la trinité de la Seconde Ecole de Vienne. Quoiqu’écrit en 1923-1925, le Kammerkonzert pour violon, piano et treize instruments à vent, puisque c’est de lui qu’il s’agit, reste d’une modernité et d’une inventivité extrême qui le rendent encore difficilement assimilable par les oreilles peu aguerries à l’inouï. Beaucoup, hier soir, le découvraient, et ont avoué leur saisissement, tout en se félicitant de l’avoir écouté jusqu’à bout et en remerciant Barenboïm de l’avoir inscrit à son programme, car ainsi ont-ils pu « découvrir une œuvre extraordinaire à réécouter au disque »… Il s’est néanmoins trouvé des râleurs, qui ont exprimé assez fort pour que leurs voisins les entendent combien ils se sont ennuyés « comme des rats morts », et maugréant des commentaires hors sujet. Que de chemin à parcourir encore, quand on sait que le Kammerkonzert a été conçu voilà exactement quatre-vingt-dix ans…
 
Michael Barenboïm. Photo : (c) Festival de La Roque d'Anthéron, Christophe Grémiot
 
Parmi les deux solistes, placé à l’avant-scène, Michael Barenboïm, fils de Daniel Barenboïm également premier violon du West-Eastern Divan Orchestra, qui a fait un sans-faute, si ce n’était un archet un peu lourd à la corde ce qui a fait sonner la partie violon un peu « gras », mais dont les couleurs se sont superbement fondues à celles du piano avec qui le violon concerte dans le seul Rondo final. Un piano excellemment tenu par le jeune jordanien Karim Saïd (qui jouait sur un Steingraeber & Söhne fabriqué à Bayreuth), également membre permanent du Divan Orchestra et qui se produit sur les plus grandes scènes du monde ainsi qu’au festival Piano aux Jacobins à Toulouse. Derrière lui, l’ensemble de treize instrumentistes à vent a exalté des sonorités de braise, donnant aux solistes une réplique idoine et un soutien particulièrement coloré, fondant ses timbres à ceux du violon et du piano et leur donnant un relief remarquablement approprié.

La seconde partie du concert était consacrée à la Symphonie n° 7 en la majeur op. 92 de Beethoven, sans doute la partition d’orchestre la plus accomplie du maître de Bonn et que Richard Wagner qualifiait d’« apothéose de la danse ». Et c’est précisément le tour que Daniel Barenboïm a donné à son interprétation. Le chef a en effet proposé une lecture virevoltante, portant l’œuvre à l’état de lave en fusion, enchaînant les mouvements sans pause, tout en incitant son orchestre à respirer en lui laissant souvent la bride sur le cou pour mieux l’encourager au chant, allant jusqu’à toucher souvent à l’extase, particulièrement la flûte et le hautbois solo, ce dernier d’une souveraine beauté. Une Septième conquérante, d’une fraîcheur et  d’un élan suprême qui a saisi le parc de Florans entier d’où pas un son autre qu’instrumental n’a été émis trente minutes durant.

Hors programme mais néanmoins prévu, Daniel Barenboïm, rictus aux lèvres mais le visage contracté et la stature altière, a conclu le concert sur un bis consacré à une page symphonique de l’enchanteur de Bayreuth, le Prélude du IIIe acte des « Maîtres Chanteurs de Nuremberg » si somptueusement joué par le Divan que l’on n’a pu que ressentir de la frustration tant on eut aimé partir pour les deux heures d’écoute de l’acte final de cette œuvre grandiose… Il a pourtant fallu mettre un terme à cette soirée que chacun espérait retenir à l’infini…

Bruno Serrou

lundi 12 août 2013

Iddo Bar-Shaï, Hannes Minnaar et Joseph Moog ont captivé le Festival de La Roque d’Anthéron

XXXIIIe Festival de La Roque d’Anthéron, Abbaye de Silvacane et parc du Château de Florans, dimanche 11 août 2013
 
                      Iddo Bar-Shaï. Photo : (c) Festival de La Roque d'Anthéron, Christophe Gremiot

C’est avec grand plaisir que je retrouvais hier dans le cloître de l’abbaye de Silvacane l’enchanteur Iddo Bar-Shaï dans un programme monographique consacré à François Couperin. Joué sur un Steinway puissant et coloré au médium charnu et lumineux, le pianiste israélien a présenté une sélection de seize des quatre livres de Pièces pour clavecin du compositeur de Saint-Gervais qu’il considère à juste titre comme l’un des musiciens majeurs de l’histoire de la musique. « Couperin est un vrai musicien-poète, m’a-t-il confié. Son œuvre est d’une force évocatrice incroyable, et lorsque je la lis, l’écoute et la joue je vois une infinité d’atmosphères, de paysages et de couleurs qui sont le reflet de l’humanité entière. »
Iddo Bar-Shaï. Photo : (c) Festival de La Roque d'Anthéron, Christophe Gremiot
Comme toujours avec Bar-Shaï, c’est en véritable conteur que le pianiste a construit son programme, partant de la pièce la plus sombre, extraite du quatrième ordre, qu’il a ouvert son récital, pour « inciter l’auditeur à l’introspection ». Et il y réussit à la perfection, une écoute quasi-religieuse s’instaurant sur le champ pas même distraite lorsque, poussé par la chaleur étouffante, il décida de se défaire de sa veste pour jouer en bras de chemise. Associant et alternant tonalités, climats, couleurs, tempi dans un désordre logique les ordres et les pièces d’où il les a extraites, le musicien israélien a fait de chacune des pages à la fois une œuvre à part entière et un chapitre d’un livre de poésie merveilleusement évocateur, suscitant un cahier d’images toutes plus expressives les unes que les autres, de Les Ombres errantes et La Mistérieuse extraites du 25e Ordre à La Couperin et Le Tic-Toc-Choc, ou Les Maillotins tirées des 21e et 18e Ordres, en passant par Les Moissonneurs et Les Langueurs Tendres (6e Ordre), Les Tambourins (20e Ordre), Les Barricades Mistérieuses (6e Ordre), La Logivière (5e Ordre), le délicieux Le Dodo, ou l’Amour au Berceau (15e Ordre), Les Rozeaux et L’Ame-en-peine (13e Ordre), Sœur Monique (18e Ordre), Les Fauvétes Plaintives (14e Ordre) et Le Turbulent (18e Ordre). En bis, un merveilleux Le Rossignol en Amour (14e Ordre) complétait ce délicieux voyage à travers les paysages de France du tournant des XVIIe et XVIIIe siècles suivi, après un semblant d’hésitation, par le finale d’une sonate de Joseph Haydn, autre compositeur fétiche de Bar-Shaï.
Hannes Minnaar. Photo : (c) Festival de La Roque d'Anthéron, Leslie Verdet
Ceux qui enchaînaient ce beau récital avec le concert avec orchestre qui le suivaient ont dû se précipiter vers leurs voitures pour retrouver à temps leurs sièges dans les gradins du parc du Château de Florans. Les attendaient en effet deux jeunes pianistes lauréats de concours les plus réputés venus respectivement de Hollande et d’Allemagne, Hannes Minnaar et Joseph Moog, tous deux âgés d’à peine plus de 25 ans. Accompagnés par un Sinfonia Varsovia plutôt pesant, comme l’a montré sans attendre la Symphonie « Classique » de Serge Prokofiev sans fluidité ni grâce, fermement tenu par Fayçal Karoui, Minnaar a interprété un onirique Concerto n° 5 pour piano et orchestre en fa majeur « Egyptien » op. 103 de Camille Saint-Saëns, tandis que Moog a joué de ses doigts d’airain les deux concertos de Liszt, donnant du premier une lecture virtuose mais distancée, et du second une interprétation d’une parfaite homogénéité, le rattachant à la belle série des poèmes symphoniques dont Liszt est l’inventeur, donnant unité, densité, variété et inventivité à cette œuvre qui, sous ses doigts, s’est avérée précurseur du Concerto en ré majeur pour la main gauche de Maurice Ravel.  
Joseph Moog. Photo : (c) Festival de La Roque d'Anthéron, Christophe Gremiot
A noter que la sobriété et la contenance naturelle du jeu des deux pianistes, dont la concentration extrême a permis à la musique de s’exprimer à plein. Si Minnaar s’est abstenu de tout bis, fait rare à La Roque d’Anthéron pour être noté, Moog a offert au public la deuxième des trois Images oubliées (Souvenir du Louvre) de Claude Debussy d’une ensorcelante retenue. Dommage que le public ait été si peu nombreux à ce second concert, après s'être bousculé au premier...
Bruno Serrou